Budget 2017, le parti pris du « sac de ciment »

[Intervention de Christophe Pommeray, Conseil municipal du 7 avril 2017]

Monsieur le Maire,

Mes cher-es collègues,

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer cette intervention par une forme de satisfecit.

Depuis plusieurs budgets, je suis revenu plus ou moins intensément sur ce que j’avais appelé les cagnottes, c’est-à-dire les endroits dans le budget où l’on mobilisait des sommes budgétaires en sachant pertinemment qu’elle ne seraient pas dépensées. Elles étaient parfois destinées à équilibrer le 012, la masse salariale en fin d’exercice mais elles ont surtout servi à deux choses : engager des décisions modificatives relatives aux emprunts toxiques qui, comme chacun sait, pré-existaient à leur existence officielle et à absorber d’autres décisions financières ou de fonctionnement qui n’apparaissaient pas dans le budget initial. Je dois dire, ainsi que l’a excellemment souligné François Skvor lors du débat d’orientation budgétaire que vous avez — vous monsieur le Maire, l’adjoint aux finances ou l’administration — rompu avec cet artifice et renoué avec une forme de sincérité budgétaire et je crois que cet effort mérite d’être souligné.

Évidemment, à tout actif son passif, et cet effort a donc un prix : celui d’une vérité des chiffres, sur l’endettement en particulier. Nous avons un délai d’extinction de la dette qui s’allonge à quasiment deux mandats et surtout un rapport encours de la dette sur recettes réelles de fonctionnement qui s’aggrave de plus de 10 points, de 124 à 135%. C’est à dire que nous devons 1,3 fois ce que nous gagnons. Je rappelle, pour la forme, que la moyenne des communes de la même strate est à 77% ; on est donc en augmentation de plus de 10 points et 60 points au dessus de la moyenne. Je rappelle également que c’est 2140 euros par habitant, le double des communes de la strate qui sont à 1099 euros. Dans l’absolu, le chiffre n’est pas catastrophique étant donné la structure financière de la ville, ce qui est ennuyeux c’est sa tendance.

*

Au fond, le budget devrait traduire des orientations politiques, une sorte de parti pris. Il devrait le faire d’autant plus que, nous l’avons dit, vous l’avez dit, nous l’avons constaté, vous l’avez constaté, nous sommes dans une période de mutations intenses : grande région, métropolisation, fusion des intercommunalités, restructuration des recettes. Nous vivons une autre mutation celle du passage progressif d’une économie locale sous perfusion nationale, à une économie locale à l’activité plus endogène, plus autonome, plus centrée sur ses propres ressources.

Sous cette double pression, une ville comme la nôtre a des virages stratégiques à prendre. Des virages stratégiques sur ce qui constitue l’identité de la ville, son commerce, sa culture, son histoire — François Skvor va l’évoquer dans un instant — mais des virages stratégiques qu’ont toutes les villes moyennes à prendre sur leur devenir propre.

Votre parti pris à vous, ça a été, et c’est encore aujourd’hui, le parti pris « du sac de ciment », c’est-à-dire celui de la rénovation de la ville ; c’est d’ailleurs ce qui est mis en avant sur une longue séquence puisque vos interventions sur le sujet débutent, en général, il y a vingt-huit ans, en 1989. La question que nous posons c’est celle du sens ; c’est le débat que nous avions eu ici à plusieurs reprises sur la question de savoir s’il fallait travailler à construire une ville à voir ou une ville à vivre. Vous y avez répondu partiellement en expliquant ce qui pourrait s’apparenter à une politique de l’offre ; en résumé, je façonne un produit, je le rénove et il trouvera preneur, c’est-à-dire la ville rénovée sera une destination. Vous avez illustré cette politique par l’augmentation de la population. Je vous avais dit la fragilité de cet exercice en raison précisément de la structure du solde migratoire que vous mettiez en avant : plus de gens qui arrivent que de gens qui partent ; mais des gens qui arrivent plus âgés voire beaucoup plus âgés que les gens qui partent et donc à terme un solde naturel fatalement dégradé. À notre prévision de cette inversion/compensation que j’imaginais, je le dis, à une dizaine d’années, les techniciens de l’INSEE nous avaient répondu, il y a trois ans, qu’elle serait lisible à très court terme ; ils avaient raison car l’effet migratoire, dès cette année, a été compensé par la variation du solde naturel.

C’est dire si ce parti pris est à notre sens à revoir.

*

Parfois, il y a absence de volonté donc de moyens ; parfois il y a mobilisation de moyens mais manque de sens. Je voudrais en donner deux illustrations.

J’ai, d’abord, évoqué une économie qui se recentre localement et nous pensons que nous devrions accompagner ce mouvement, le piloter même, dans les secteurs les plus porteurs. Je prends un seul exemple qui est celui de l’indépendance qui est un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur. Notre génération peine à l’imaginer parce que nous avons une représentation tricéphale de l’économie ou de l’emploi : salariat — privé ou public — , profession libérale ou entrepreneuriat. Le reste est rangé dans la catégorie des petits boulots sauf qu’aujourd’hui ce n’est pas le cas ni en volume ni en rémunération et l’indépendance est souvent un choix devant une organisation de marché qui elle aussi est tricéphale mais dans un marché qui ne l’est plus et où les échanges permettent à niveau égal de diplôme de mieux rémunérer l’indépendance que le salariat par exemple. Or ces publics sont très mobiles et font des choix géographiques d’installation de leurs activités sur la base de critères objectifs, toujours les mêmes du reste — services, culture, environnement — d’où le développement d’incubateurs, de pépinières, de zones de travail partagé, de fablabs… mais aussi de plus-values culturelle et environnementale quand elles font structurellement défaut.

Or sur ces questions économiques, la feuille de route de la ville de Vichy est blanche ; on doit être en interventions économiques à 2.500 euros et à 10.000 si on additionne les aides à l’agriculture, à l’industrie et au commerce. C’est dire si nous pourrions, dans ce secteur, progresser et être offensif. Nous ne le sommes pas.

Deuxième exemple, l’école. Là, le volume financier y est ou presque mais nous sommes dans la rénovation des écoles, on redessine les cours, on repeint les murs, on discute, placards ou pas placards comme en commission hier, c’est très bien mais ce n’est d’une certaine manière pas le sujet, en tous cas pas le sujet principal. Car ce sont les politiques publiques en matière scolaire qui doivent se rénover ; je ne vais pas ré-installer la discussion que nous avons eu sur les rythmes scolaires, que mon collègue va évoquer dans un instant plus largement avec le plan éducatif de territoire, mais nous sommes dans un paradoxe : celui de comprendre la mutation d’un certain nombre de mécanismes éducatifs qui touchent notre territoire comme les autres mais avec des intensités différentes : les mouvements d’enfants, l’importance des activités post-scolaires, les horaires atypiques, les questions d’éducation à la citoyenneté, les inégalités devant l’école et qui ne sont pas seulement le fruit de l’imprévision des enfants ou des parents, donc d’un côté le constat de ces mutations et de l’autre, on choisit le respect absolu de coutumes antérieures à ces phénomènes : à l’État le contenu, à la mairie le contenant. Nous pensons, comme élus et responsables politiques, que c’est une position intenable et une passivité qui nous rend d’une certaine manière co-responsable des difficultés que nous rencontrons.

Voilà donc deux exemples : l’un ou on manque la cible, un ou l’on ne choisit pas la bonne cible. Le budget, qui signe votre politique, dit cette insuffisance sur beaucoup de points ; c’est d’ailleurs ce que mon collègue va développer dans d’autres domaines.

 Je vous remercie.

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